04.04.2008
L'Amérique de Martin Luther King
Il y a quarante ans aujourd'hui, Martin Luther King (MLK) était assassiné dans un motel de Memphis. Mon entretien avec Clarence Jones, ancien rédacteur des discours de MLK, m'a marqué. Lundi dernier, j'étais dans un petit bureau d'une grande firme comptable de Manhattan, j'avais face à moi un homme resté pendant longtemps très discret sur ses liens avec MLK. Clarence Jones s'est battu contre le racisme dans l'Amérique des années 60 et après. Aujourd'hui encore, il reste marqué par ce combat.
Certains d'entre vous se rappellent sûrement le fameux discours de MLK: "I have a Dream". Clarence Jones en avait été le co-auteur. 40 ans plus tard, je lui ai demandé quel était son rêve pour l'Amérique. Assis derrière son bureau, Clarence Jones a joint les mains comme s'il priait. Il s'est tu pendant quelques instants avant de se mettre à parler d'unité entre Blancs et Noirs. Pour lui, il y a encore des restes de ségrégation dans l'Amérique de 2008. Après avoir sillonné le pays depuis six ans, j'abonde dans ce sens. Je me rappelle Carthage, une petite ville du Mississippi où Noirs et Blancs vivaient séparés, comme à l'époque de MLK. Un nombre disproportionné d'Afro-Américains croupit en prison aux Etats-Unis, par rapport au nombre de Blancs incarcérés. Certains y voient une "conspiration gouvernementale". Je ne partage pas ce point de vue. Ce fait est à mon avis la conséquence de la précarité qui touche beaucoup plus les Noirs que la population blanche.
Clarence Jones parle dans l'entretien d'une femme noire de 65 ans qui avait peur pour la sécurité d'Obama. Lors de mes reportages depuis le début de cet année, j'ai rencontré de nombreux Afro-Américains qui partagent cette crainte. A Charleston (en Caroline du Sud), De’vasha McPherson, 18 ans, était sûre qu'Obama se ferait assassiner s'il était élu président. De'vasha habite dans une rue peuplée en très grande majorité de Noirs.
Dans son discours sur les questions raciales le mois dernier à Philadelphie, Barack Obama a estimé que la relation entre les Blancs et les autres minorités (Noirs, Latinos, etc) devait être "parfaite". Sa candidature est-elle la réponse aux problèmes ethniques dans l'Amérique d'aujourd'hui? Clarence Jones pense que c'est un élément de réponse, un catalyseur. Là encore, j'abonde dans ce sens. Depuis le début des primaires présidentielles, les Américains sont en train de bouleverser la dynamique raciale dans leur pays.
A noter une polémique naissante à l'heure où l'Amérique commémore le 40ème anniversaire de la mort de MLK. Un juge noir de Georgie a reconnu hier qu'il avait fait une erreur en expulsant la semaine dernière les avocats blancs de son tribunal pour "remonter les bretelles" de prévenus noirs.


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